Seulement, quand la querelle s'apaisa presque aussi subitement qu'elle s'était élevée et quand le chevalier rengaîna sa rapière, un éclair de dépit sillonna l'œil vague du financier, et ses lèvres minces et pâles s'entr'ouvrirent pour laisser siffler ce seul mot:

—Maladroit!

Sainte-Croix sorti, M. de Penautier demanda son carrosse.

II
UN PÈRE ET UN MARI

A l'heure à peu près où chez La Vienne, le baigneur étuviste, se passait la scène que nous venons d'esquisser, un carrosse sans armoiries, largement drapé, suivant la mode de l'époque, s'arrêtait devant la porte richement sculptée de l'hôtel de Brinvilliers, l'une des plus magnifiques demeures de la rue des Lions-Saint-Paul au Marais, le quartier souverainement aristocratique du dix-septième siècle.

Presque aussitôt, et avant que le laquais eût pu abaisser le pesant marchepied du carrosse, trois personnages en descendirent: deux jeunes hommes et un vieillard.

Le vieillard, mis à la mode d'il y a cent ans, était M. Dreux d'Aubray, lieutenant civil, ancien conseiller de la reine Anne, au temps de la Fronde, père de la marquise de Brinvilliers; les deux jeunes gens étaient ses fils.

Tous trois tinrent un instant conseil sous l'abri de la porte-cochère; puis, au bout de quelques minutes, firent un signe au cocher, qui, fouettant ses chevaux, prit au grand trot la direction de la place Royale.

Les deux jeunes gens, relevant le collet de leurs manteaux et abaissant leurs larges feutres sur leur visage, furent se poster à quelque distance dans l'embrasure d'un mur en retrait.

Pour M. d'Aubray, il souleva le lourd marteau de la porte, qui retomba bruyamment, éveillant les échos de la rue déserte.