—Et dire une prière sur la tombe du défunt, n'est-ce pas, monsieur?

—Oui, je prierai volontiers.

—Alors, monsieur, si telle est votre intention, vous ferez bien de vous éloigner.

—Pourquoi cela?

—Parce que votre présence pourrait inquiéter les guichetiers. On a vu quelquefois des familles prévenues, on ne sait comment, de la mort d'un de leurs parents, prisonnier à la Bastille.

Alors, ces familles voulaient au moins ravoir le cadavre de celui qu'elles avaient aimé vivant, pour le porter dans quelque sépulture de famille, ou même pour l'ensevelir pieusement de leurs mains, afin de pouvoir marquer la place et y venir prier quelquefois.

—Et, alors, qu'arrivait-il?

—Alors un frère, un ami, un fils venait, qui guettait le moment de l'inhumation et marquait la place; puis, les guichetiers retirés, ce fils, cet ami, ce frère, aidé d'un valet, comme je suppose que vous en avez un, se hâtait de soulever la terre, retirait le cercueil et s'enfuyait comme un voleur, emportant le corps que la justice du roi n'avait pas voulu lui rendre.

—Ah! cela se pratique ainsi?

—Oui, monsieur, je m'en suis aperçu plusieurs fois, je n'en ai jamais rien dit.