Les deux frères s'élancèrent sur les traces de leur sœur.
—Eh bien! dit tristement M. d'Aubray au marquis de Brinvilliers.
—Vrai, répondit celui-ci, vous me voyez aussi surpris que possible.
Quel courage! qui se serait douté que la marquise, si timide et si peureuse, oserait jamais s'aventurer, seule et à pareille heure, dans des rues qui sont loin d'être sûres par le temps qui court? C'est aussi par trop imprudent.
—Vous lui auriez sans doute conseillé de se faire suivre par un laquais? demanda railleusement le lieutenant civil.
—Ma foi, oui! répondit le marquis de la meilleure foi du monde, et encore il eût été plus simple et plus digne de son rang et du mien de prendre un carrosse.
Le lieutenant civil ne put retenir une exclamation de colère; mais, ne trouvant pas le moment opportun pour entamer une discussion, il ne jeta point à la face du marquis les méprisantes paroles qui montaient à ses lèvres. Le père et le mari continuèrent donc silencieusement leur route sans perdre de vue les deux jeunes gens qui les précédaient sur les pas de la marquise.
Elle allait, elle, d'un pas rapide et sûr, longeant les maisons, essayant de perdre son ombre dans l'ombre qu'elles projetaient, n'hésitant pas à se détourner de son chemin et à changer de côté, lorsqu'au loin elle apercevait quelqu'une de ces rares lumières qu'allumaient devant de saintes images des bourgeois dévotieux et dont la lueur faible et vacillante eût cependant pu la trahir.
Elle allait, sans paraître se soucier des larges flaques d'eau et des pertuis de la rue, qui, par un temps de pluie, faisaient de Paris un immense cloaque où ne s'aventuraient que ceux qui d'avance avaient fait le sacrifice de leurs vêtements.
Arrivée à la place de Grève, elle s'arrêta un instant pour laisser passer une ronde.