Au demeurant, c'était un cavalier d'environ trente-cinq ans, de belle mine et de conversation agréable, lettré, poli, prodigue, tout prêt à se prendre d'amour, jaloux jusqu'à la fureur, fût-ce d'une courtisane, et entrant dans un dessein de pitié avec la même passion que dans une partie de plaisir.

Ses habits jouissaient de la meilleure réputation d'élégance, ses plumes étaient irréprochables et la fraîcheur de ses canons répondait pour lui.

On ne lui en demandait pas davantage dans une société qui avait vu Monsieur couper l'escarcelle des bourgeois sur le Pont-Neuf, et qui devait voir rouer en Grève le comte de Horn, convaincu d'avoir assassiné un agioteur dans la rue de Venise.

Pour l'instant, M. de Sainte-Croix était en veine.

L'argent du financier Hanyvel avait passé de son côté et s'arrondissait en tas devant lui.

Aussi, les dames de l'hôtel de Bourgogne, les demoiselles de la Comédie-Italienne, les quelques marquises de rencontre et les comtesses d'incognito, qui formaient le personnel ordinaire des soupers fins de La Vienne, affichaient-elles à son endroit les œillades les plus assassines et leurs plus flamboyants sourires.

Mais le chevalier restait stoïque devant le gain comme devant la perte.

Il n'en était pas de même de son adversaire: M. le receveur général du clergé de France avait perdu trois cents pistoles et criait comme pour un million.

—Voulez-vous que je prenne votre place, Hanyvel? demanda le jeune marquis de Rubentel.

—Non pas, vraiment, répondit le financier. Quand je devrais vider tous les coffres de nos seigneurs les évêques des États de Languedoc, je veux savoir jusqu'où ira le bonheur du chevalier.