—A égaler Dieu, répondit le sombre alchimiste du néant. Dieu a conservé pour la puissance divine la création, la vie; aux hommes il a abandonné la destruction, la mort. Ne comprends-tu donc pas qu'en détruisant j'égale la divinité?

Et, comme le chevalier faisait un geste de doute, Exili continuait:

—Ne suis-je pas tout-puissant d'ailleurs, moi qui tiens la vie de tous dans ma main, moi qui peux frapper comme la foudre?

Quel est le roi dont le pouvoir égale le mien?

Un jour vint enfin où Sainte-Croix osa avouer à Exili que lui aussi s'était occupé de la science des poisons; il raconta ses précédentes expériences.

Son compagnon se prit à sourire.

—Vous en êtes encore, lui dit-il, aux premières, aux plus vulgaires notions de l'art.

Vingt années de travaux assidus vous mettraient à peine sur la voie de la science véritable, de cette science que se sont transmise tous les grands artistes de l'Italie; parce que leurs secrets, voyez-vous, sont de ceux qui ne se divulguent pas, mais que chaque maître lègue mystérieusement à un élève favori longtemps éprouvé.

—Voulez-vous, s'écria Sainte-Croix, que je sois cet élève?

L'Italien hocha la tête d'un air indécis.