Puis, répondant à l'interrogatoire muet de son compagnon:
—Les gens qui ont besoin de moi, dit-il, et il y en a qui touchent au trône, ne m'ont laissé ici manquer de rien. C'est par eux et pour eux que j'ai improvisé ce laboratoire.
Il y a ici, ne vous en déplaise, de quoi satisfaire toutes les ambitions et assurer toutes les vengeances. Jusqu'alors, je n'avais eu à mes côtés que des compagnons,—ceux-là sont morts,—il me fallait un disciple.
Sainte-Croix interrogea anxieusement Exili des yeux.
—Oui, reprit l'Italien, ils sont tous morts; l'air de ce cachot est fatal; le médecin de la Bastille a assisté, impuissant, à leur agonie, et c'est à peine si à ces maladies étranges il a pu assigner un nom.
Mais pour toi, nul danger, mes espérances te sauvegardent; le démon de l'orgueil t'a envoyé ici, il ne pouvait me donner meilleur disciple.
Sois l'héritier de mes secrets, sois le ministre de mes haines; à toi cette science fatale. Si nous sortons ensemble, nous dominerons ensemble, si tu sors seul, tu me vengeras. Et maintenant, à l'œuvre, mon élève!
V
UN MAITRE EMPOISONNEUR
Ils travaillèrent longtemps, les sombres alchimistes! Une année entière les vit penchés sur le creuset où s'élaborait le grand œuvre des poisons.
Sainte-Croix, désormais tout acquis à l'Italien, et converti au meurtre plus encore par la violence de ses ressentiments et de son caractère que par les déclamations vertigineuses et les paradoxes infâmes de son compagnon, Sainte-Croix, disons-nous, s'était jeté à corps perdu dans cette science du crime.