«Effectivement, après sa toilette, madame de Brancas lui fit part de ses craintes sur sa santé.

«—Je viens de m'en entretenir avec elle, dit-elle en me montrant la duchesse, elle est de mon avis.

«Madame la marquise témoigna un peu d'humeur et se mit à fondre en larmes. J'allai aussitôt fermer la porte, et je revins écouter.

«—Ma chère amie, dit madame de Pompadour à madame de Brancas, je suis troublée de la crainte de perdre le cœur du roi en cessant de lui être agréable. Les hommes mettent, comme vous pouvez le savoir, beaucoup de prix à certaines choses, et j'ai le malheur d'être d'un tempérament excessivement froid. J'ai imaginé de prendre un régime un peu échauffant, pour réparer ce défaut, et depuis deux jours cet élixir me fait du bien....

«Elle pleura encore, et ajouta:

«Vous ne savez pas ce qui m'est arrivé il y a huit jours, le roi, sous prétexte qu'il faisait chaud, s'est mis sur mon canapé et y a passé la moitié de la nuit; il se dégoûtera de moi et en prendra une autre.

«—Vous ne l'éviterez pas, répondit la duchesse, en suivant votre régime, et ce régime vous tuera.

«Ces dames s'embrassèrent, madame de Pompadour recommanda le secret à madame de Brancas, et le régime fut abandonné.

«Peu de temps après, elle me dit:

«—Le maître est plus content de moi, et c'est depuis que j'en ai parlé à Quesnay, sans lui tout dire. Il m'a dit que pour avoir ce que je désire, il fallait avoir soin de se bien porter, et tâcher de bien digérer et faire de l'exercice pour y parvenir. Je crois que le docteur a raison, et je me sens tout autre. J'adore le roi: je voudrais lui être agréable, mais, hélas! quelquefois il me trouve plus froide qu'une macreuse.»