À ce moment suprême, tout son courage l'abandonna. Elle poussa un grand cri, et s'affaissa sur elle-même. On fut obligé de la porter. Pâle, défaite, elle gisait inanimée sur le devant de la charrette fatale. Ses sanglots et ses gémissements ne cessèrent pas tant que dura le funèbre trajet. Lorsque, arrivée à la place de la Révolution, on la porta sur la terrible machine, les forces lui revinrent; elle se débattait aux mains de ceux qui la soutenaient; d'une voix déchirante elle criait à la multitude: «Bon peuple! au secours, délivre-moi, je suis innocente[41]!»
Tandis qu'on la liait, elle tournait vers le bourreau ses yeux noyés de larmes.
—Encore une minute, disait-elle, une seule minute, je vous en conjure! monsieur le bourreau.
Pauvre comtesse, elle ne put achever sa phrase, et la foule qui hurlait autour de la guillotine battit des mains lorsqu'on lui montra la tête sanglante de la dernière favorite des rois de France.
FIN.
NOTES:
[1] L'abbé Le Gendre très-instruit des choses du temps et confident d'Henri de Chauvallon, affirme que Louis XIV «savait à peine lire et écrire.» (Mag. de librairie, 1859.) Ce qu'on appelle la main de Louis XIV est, dit M. Michelet, le bonhomme Rose, son faussaire patenté, dont l'écriture ne peut se distinguer de celle du roi.
[2] Ce mot a été aussi attribué à un fils du maréchal de Villeroy, archevêque de Lyon.
[3] Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes. Paris 1860.