—Il faut avouer, mon père, que le zèle indiscret de notre bon père Annat est allé un peu loin.
—Je suis entièrement de votre avis, mon père, répondit l'autre.
Le successeur du père Annat partageait aussi cette opinion; il savait qu'avec les rois on doit préparer les voies de la grâce, mais non pas essayer de la faire pénétrer avant l'heure.
À ce moment le clergé était en baisse, Louis XIV était bien loin encore de la veuve Scarron. Il venait de faire saisir le Pape et lui retenait Avignon. Enfin, il faisait saigner bien cruellement le cœur de l'Église, en défendant les enlèvements d'enfants et en faisant rendre ceux qui étaient détenus dans les couvents.
Mais le clergé est patient. Il prit sa revanche: jusqu'ici il l'a prise toujours.
C'est alors qu'Anne d'Autriche voulut tenter une suprême démarche; elle le fit par ambition et en fut cruellement punie. Louis ne devait pas plus respecter sa mère qu'il ne respecta plus tard les lois sacrées de la conscience et de l'humanité. La reine-mère osa lui reprocher le scandale de ses amours, alors il perdit toute mesure:
—Eh quoi! Madame, répondit-il, devez-vous ajouter foi à tout ce qu'on dit? Cette morale que vous me prêchez si chrétiennement a-t-elle été la vôtre? On m'a assuré que non.
Anne d'Autriche se retira cruellement humiliée, et le soir même le roi disait à ses courtisans:
—Quand nous serons las d'aimer et de vivre, nous parlerons comme ceux que l'amour et le plaisir quittent, comme madame de Chevreuse, par exemple, ou madame de Carignan.
Et, comme tous les flatteurs s'extasiaient et riaient, le roi continua: