—Je remercie Votre Majesté, murmura Fontanges, je suis contente puisqu'à mon lit de mort j'ai vu pleurer mon roi.
Elle mourut en accusant madame de Montespan de l'avoir fait empoisonner par un de ses domestiques dans une tasse de lait. Mais elle se trompait, madame de Montespan était incapable d'un tel crime.
La duchesse de Fontanges fut le dernier éclair de passion de Louis XIV; de ce jour il tomba sous la tutelle de madame de Maintenon, qui de plus en plus lui était devenue indispensable.
La marquise de Montespan essaya de lutter encore, mais son règne était définitivement passé. Comme à La Vallière, le roi lui déclara qu'il ne voulait pas être gêné. C'était un ordre formel de quitter la cour; la marquise se résigna, elle partit, laissant à Versailles pour la représenter une armée de bâtards à la tête desquels marchait le duc du Maine, le favori de la vieillesse du roi, l'élu de madame de Maintenon.
La belle, l'orgueilleuse Montespan quitta les robes volantes pour le cilice, l'éventail pour la discipline: c'était la mode alors. Elle essaya à force de mouvement de dissiper son chagrin et de tromper son ennui, «mais le vide s'était fait autour d'elle,» et sans pouvoir trouver une heure de repos ou d'oubli, elle passait sa vie à changer de résidence, «ne se trouvant heureuse que là où elle n'était pas.» Le roi lui donnait vingt mille louis par mois, une belle pension de retraite, et elle les dépensait presque entièrement en bonnes œuvres. Elle dotait des filles pauvres, enrichissait des couvents, ou faisait bâtir des chapelles.
La mort, telle était la grande, l'épouvantable terreur de la marquise de Montespan; elle redoutait jusqu'au sommeil qui en est l'image. Elle ne dormait que dans une chambre resplendissante de lumières, et toujours autour de son lit se tenaient cinq ou six femmes de service, qui devaient jouer ou causer gaîment tandis qu'elle sommeillait.
Était-ce donc un pressentiment? Cette mort tant redoutée arriva à l'improviste tandis qu'elle dormait, et à peine put-elle prononcer quelques paroles.
Louis XIV pleura la marquise de Montespan à peu près comme il avait pleuré la duchesse de La Vallière:
—Depuis que je l'avais congédiée, répondit-il, j'avais espéré ne jamais la revoir.