«Au bout de la rue Gît-le-Coeur, dans l'angle qu'elle forme aujourd'hui avec la rue de Hurepoix, François Ier fit bâtir un petit palais qui communique à un hôtel qu'avait la duchesse d'Etampes dans la rue de l'Hirondelle.
«Les peintures à fresque, les tableaux, les tapisseries, les salamandres, accompagnées d'emblèmes et de tendres et amoureuses devises, tout annonçait, dans ce petit palais et cet hôtel, le dieu et les plaisirs auxquels ils étaient consacrés.
«De toutes ces devises, Sauval ne put se ressouvenir que de celle-ci: c'était un coeur enflammé, placé entre un alpha et un oméga pour dire probablement: il brûlera toujours.
«Le cabinet de bains de la duchesse d'Etampes sert à présent d'écurie à une auberge qui a retenu le nom de la Salamandre; un chapelier fait la cuisine dans la chambre du lever de François Ier, et la femme d'un libraire était en couches dans son petit salon de délices, lorsque j'allai pour examiner les restes de ce palais.»
A dater de la mort de François Ier on perd à peu près de vue la duchesse d'Etampes, les chroniqueurs oublient son nom, et les poëtes qui l'avaient tant louée semblent ne plus se souvenir d'elle.
Il est à peu près certain cependant qu'elle embrassa ouvertement la religion réformée.
Mais comment vécut-elle? essaya-t-elle par son repentir, par sa conduite régulière, de faire oublier ses scandaleux désordres? c'est ce qu'on ne saurait affirmer. Beaucoup prétendent que dans sa retraite et bien qu'elle ne fût plus jeune, elle eut plusieurs amants, Dampierre entre autres.
Au reste, du vivant du roi elle ne s'était jamais piquée d'une grande constance, et elle lui avait largement rendu ses infidélités. Le plus connu de tous ceux qui eurent part à ses faveurs est le comte de Bossut, celui-là même qui fut son agent lors de ses abominables trahisons.
Ses relations avec Jarnac son beau-frère ne sont rien moins que prouvées. Il y a même tout lieu de croire à une calomnie. La Châtaigneraie, en effet, auteur de ces bruits, était fort avant dans les bonnes grâces de Diane de Poitiers, qui regardait comme bons tous les moyens pour perdre une rivale ou ruiner son crédit. Ces bruits obligèrent Jarnac à provoquer la Châtaigneraie. Mais François Ier, qui avait une admirable foi en sa maîtresse, ne voulut pas autoriser le combat. Ce ne fut que partie remise, et sous le règne de Henri II nous assisterons à ce duel, le dernier des duels judiciaires.
Vers l'année 1556, la duchesse d'Etampes sortit un instant de son obscurité. Le duc d'Etampes, Jean de Brosse, son mari,—car il ne faut pas l'oublier, elle avait un mari,—lui intenta un procès.