Mais, précisément parce qu'il avait une maîtresse qu'il aimait, le dauphin François ne pouvait, en aucune sorte, servir les projets de Diane de Poitiers.

C'est alors qu'elle songea à s'emparer du prince Henri, le second fils de François Ier. A dire vrai, ce n'était encore qu'un enfant, il avait vingt ans presque de moins qu'elle; mais elle ne s'arrêta pas à ces considérations, et ne s'épouvanta nullement du ridicule qui pouvait l'atteindre.

Après avoir été la maîtresse du père, elle entreprit l'éducation du fils, douce tâche! François Ier donna, dit-on, son assentiment aux projets de Diane; il pensait qu'en fait de maîtresse, le jeune prince pouvait tomber plus mal. Il se trompait, et devait plus tard l'apprendre à ses dépens.

Henri avait, il faut le dire, toutes les qualités qui peuvent et doivent séduire une femme ambitieuse.

Bien fait, de belle et fièremine, c'était un des plus brillants cavaliers de la cour. Il maniait un cheval avec une incomparable adresse et avait sous les armes une bonne grâce inimitable. Adroit à tous les exercices du corps, il pouvait défier, sans crainte d'être vaincu, les gentilshommes les plus renommés. Il passait pour le plus agile sauteur du royaume et franchissait jusqu'à vingt-cinq pieds; enfin, il n'avait pas de rival au jeu de paume. La chasse, la petite guerre l'hiver à coups de boules de neige, les armes, tels étaient ses passe-temps favoris.

Au moral, il semblait fait pour être dominé. Timide, indécis, il était long à se décider. Avait-il un projet en tête, il prenait conseil de tous ceux qui l'entouraient. Il est vrai qu'une fois son opinion arrêtée, bonne ou mauvaise, on ne l'en faisait pas revenir facilement.

Tel était l'adolescent dont Diane de Poitiers entreprit la conquête. Elle dut se résigner à faire les premières avances; mais ses peines ne furent point perdues, et bientôt toute la cour apprit, avec stupéfaction, que la veuve inconsolable du comte de Maulevrier était la maîtresse du second fils du roi.

Un aussi beau succès ne pouvait manquer d'éveiller la jalousie; on fit pleuvoir les quolibets sur la vieille maîtresse de l'enfant royal; on osa faire les allusions les plus injurieuses; le gros mot d'inceste fut prononcé, et, à deux ou trois reprises, François Ier trouva dans sa chambre royale, sur son lit, des vers où ni lui, ni la grande sénéchale n'étaient ménagés.

Diane baissait la tête et sans mot dire laissait passer l'orage; quelque pressentiment l'avertissait sans doute qu'un jour viendrait où elle prendrait une éclatante revanche.

L'ambitieuse coquette jouait alors une grande passion pour son jeune amant, ce qui ne l'empêchait pas de porter toujours le deuil de feu monsieur de Maulevrier. Voulait-elle tromper ceux qui l'entouraient, s'abusait-elle sur ses véritables sentiments, c'est ce qu'il est difficile de dire.