Depuis longtemps une prédiction menaçait le roi d'un danger inconnu; voici ce que disait la centurie:
Le lion jeune le vieux surmontera
Au champ bellique, par singulier duel
Dans cage d'or les yeux lui crèvera:
Deux plaies donnent la mort cruelle!
Chacun pensait bien qu'il s'agissait de quelque combat singulier à armes courtoises ou non; mais Henri II ne croyait pas aux horoscopes.
Aussi, lors du tournoi donné à l'occasion des mariages d'Elisabeth de France et de Philippe II, roi d'Espagne, et de Marguerite, soeur de Henri II, avec le duc de Savoie, l'amant de la duchesse de Valentinois descendit dans la lice.
Déjà cent lances avaient été rompues, lorsque le roi voulut en courir une dernière contre un de ses gentilshommes, le comte de Montgomery.
Mais cette fois l'horoscope eut raison.
Atteint au-dessous de l'oeil par le tronçon de la lance de Montgomery, Henri II, dangereusement blessé, dut être porté en son palais. On ne comprit pas d'abord toute la gravité de la blessure; mais bientôt elle empira, et le roi fut en danger de mort.
—Que l'on n'inquiète pas le comte de Montgomery, avait dit le roi en tombant.
On s'était conformé à la volonté royale; mais le meurtrier involontaire, le malheureux comte était au désespoir.
Grand aussi était le deuil autour du lit du royal malade; grandes étaient les ambitions si longtemps comprimées qui commençaient à s'agiter. Les créatures de la duchesse de Valentinois, les amis des Guise sentaient le pouvoir leur échapper; tous ceux qui s'étaient dévoués à Catherine de Médicis saluaient l'aurore de son règne.