Le roi de France, en effet, avait grandement besoin d'être philosophe; tous les jours n'étaient pas jours de fête à sa cour; l'argent manquait souvent le lendemain des «festoyements,» il fallait alors recourir aux expédients. Toutes les chroniques de l'époque parlent de cet incroyable dénûment; le roi manquait des choses les plus nécessaires, ses écuyers n'avaient rien à servir sur sa table, ses fournisseurs refusaient de lui faire crédit.
Voici ce que raconte Martial d'Auvergne.
Un jour que La Hire et Pothon
Le vinrent voir pour festoyment,
N'avoit qu'une queue de mouton
Et deux poulets tant seulement.
Las! cela est bien au rebours
De ces viandes délicieuses,
Et de ces mets qu'on a tous jours
En dépenses trop somptueuses.
Une autre fois, Charles VII, qui se trouvait alors à Bourges, vint à manquer de chaussures; il fit mander un maître cordonnier de la ville.
—Maître, lui dit-il, prends moi la mesure d'une paire de souliers.
L'homme obéit.
—Maintenant, reprit le roi, tu peux te retirer, j'entends que ces souliers soient faits sans délai.
Et comme l'homme ne bougeait pas.
—Ne m'as-tu donc pas entendu? ajouta Charles VII.
—Pardonnez-moi, Sire, dit alors le maître cordonnier, seulement il faut être juste en affaires.