Quelques instants après, il était de retour au Louvre et rejoignait sa mère dans une grande salle tendue de cuir brun gaufré d'or, la seule qui subsiste encore des appartements du roi Henri II. C'était dans cette salle que Catherine de Médicis avait l'habitude de se tenir après souper; c'est là qu'elle recevait les hommages des courtisans, toujours plongée dans un grand fauteuil au coin de l'immense cheminée, encadrant dans un bonnet de velours noir façonné en pointe son visage froid et impérieux comme le masque d'une supérieure de couvent, et vêtue de noir, portant le deuil de son époux qu'elle ne quitta jamais.
Précisément, au moment où le roi son fils l'aborda, Catherine venait de congédier ses conseillers ordinaires, Nostradamus et les Ruggieri.
On sait la foi sans bornes que la fille des Médicis avait aux sciences occultes. Ses astrologues ordinaires lui avaient tiré son horoscope au début de sa vie, et elle avait vu se réaliser, avec une singulière précision, les prédictions qu'ils lui avaient faites.
Sans doute il avait été question de Charles et de ses amours dans le conciliabule qui venait d'être tenu, car aux premiers mots du roi sur le retour de Marie Touchet et sur sa passion pour elle, Catherine l'interrompit en lui disant:
—Je sais tout.
—Alors, vous savez aussi, ma mère, reprit Charles avec impétuosité, que Marie est une jeune fille sans ambition, pleine de respect et d'amour pour vous, qui n'a jamais entrevu seulement la pensée de paraître à la cour, et qui préfère à tout un bonheur modeste et ignoré de tous.
—Je connais ses sentiments, répondit lentement la reine, et je les approuve.
—Oh! merci pour cette bonne parole, ma mère, s'écria le roi. Ainsi, vous permettez qu'elle vive près de moi; vous ne prendrez pas d'ombrage de mon amour pour elle?
—A une condition, mon fils, fit Catherine en se levant majestueuse et solennelle, c'est que vous ne sacrifierez pas à un caprice de votre coeur les intérêts de votre couronne. Ecoutez-moi.
—Je vous écoute, ma mère, répondit docilement Charles IX.