XI
CATHERINE-HENRIETTE D'ENTRAGUES.
MARQUISE DE VERNEUIL.
Les cloches qui avaient sonné le glas funèbre de la duchesse de Beaufort vibraient encore, que déjà Henri IV songeait a pourvoir son coeur d'une nouvelle maîtresse. Son désespoir fut aussi court qu'il avait été violent.
Les distractions qu'il trouvait à l'hôtel de Zamet ne suffisaient pas pour combler le vide creusé par la mort de Gabrielle. Il s'en allait, comme a dit un écrivain du temps, «escarmouchant du coeur» avec l'une et avec l'autre, fort indécis de son choix, lorsque le hasard, aidé d'une mère peu scrupuleuse, jeta sur son passage la belle et fière Henriette d'Entragues. Cette mère complaisante n'était autre que la charmante Marie Touchet, qui, en épousant le seigneur de Balzac d'Entragues, ne songeait probablement pas à faire souche de maîtresses royales. Mais nous rencontrerons plus d'une fois dans l'histoire de ces familles prédestinées.
Une partie de chasse, fut le théâtre de la première entrevue. Le roi, tout aussitôt, mordit à cet appât irrésistible de deux yeux ardents d'une vivacité plus que provoquante. Les traits d'Henriette, sans avoir la régularité de ceux de Gabrielle, étaient peut-être encore plus séduisants. Et puis, n'était-elle pas encore embellie, aux yeux d'Henri IV, du piquant attrait de la nouveauté?
Mais le Vert-Galant dut modérer son impatience. La fille de Marie Touchet savait trop l'art de se faire désirer pour ne pas reculer à propos après être allée au-devant de l'amour. Les commencements de cette liaison ont toute la majesté d'une négociation diplomatique.
Il y eut des pourparlers, des allées, des venues; un ambassadeur, de Lude, avait été nommé.—Triste ambassade! La pierre d'achoppement, c'était M. de Balzac d'Entragues. Ce gentilhomme tenait à conserver ce qui restait d'honneur à sa maison; peut-être parce que la vertu de sa femme avait fait naufrage, il tenait à garder celle de sa fille. Il mit de Lude à la porte. Par bonheur, l'ambassadeur d'Henri IV connaissait le chemin des fenêtres.
Le roi maugréait fort de tous ces contre-temps. Oubliant que déjà sa barbe grisonnait, le Vert-Galant sur le retour se croyait aimé d'Henriette et n'accusait que la tyrannie des parents.