C'est à Lyon, en 1630, au sortir d'une grave maladie, que Louis XIII, parmi les filles d'honneur de sa mère, Marie de Médicis, remarqua mademoiselle de Hautefort. C'était une toute jeune fille encore, presqu'une enfant. On l'appelait l'Aurore, pour marquer son extrême jeunesse et son innocent éclat. Elle était blanche et rose; ses grands yeux bleus voilés de longs cils avaient une admirable expression, ses cheveux d'un blond cendré étaient d'une richesse incomparable, enfin un très-grand air tempéré par une tenue presque sévère relevait encore cette beauté précoce.

«La modestie, aussi bien que la beauté de mademoiselle de Hautefort, dit M. Cousin, touchèrent profondément Louis XIII; peu à peu il ne put se passer du plaisir de la voir et de s'entretenir avec elle; et lorsqu'à son retour de Lyon, après la fameuse journée des dupes, l'intérêt de l'Etat et sa fidélité à Richelieu le forcèrent d'éloigner sa mère, il lui ôta la jeune Marie et la donna à la reine Anne, en la priant de la bien traiter et de l'aimer pour l'amour de lui.»

La reine reçut avec une froideur facile à comprendre sa nouvelle fille d'honneur; elle voyait en elle une rivale, et, ce qui lui était bien autrement pénible, une surveillante chargée d'épier ses moindres actions et d'en rendre compte. Elle se trompait, et ne tarda pas à le reconnaître: jamais elle n'eut au contraire d'amie plus sûre et plus désintéressée.

Certaine du dévouement de mademoiselle de Hautefort, Anne d'Autriche put la voir sans inquiétude et même favoriser l'amour du roi pour la belle Marie; elle trouvait en elle un appui contre son ennemi le cardinal de Richelieu. Le caractère des deux amants lui était un sûr garant de l'innocence de leurs relations; et d'ailleurs, que lui importait!

Rien de triste, de platonique, de glacial comme ces amours de Louis XIII. Tous les soirs il l'entretenait dans une embrasure de fenêtre du salon de la reine; mais il ne lui parlait d'ordinaire que de la chasse, de ses chiens et de ses oiseaux de proie, sans doute il s'attachait à lui démontrer qu'ils ont tort ceux qui croient

«Que l'Alète au grand vol ne vaut pas l'Alfanet.»

Dans le jour, Louis XIII tenait un registre fort exact de tout ce qu'il disait à son amie: on a retrouvé à sa mort ces singuliers procès-verbaux; ou bien il composait pour elle des chansons et des vers élégiaques.

Il n'est rien resté des poésies amoureuses de Louis XIII. «Mais voici un couplet qui peint avec assez de grâce le charme qu'exerçait mademoiselle de Hautefort sur l'humeur chagrine de son royal amant:»

Hautefort merveille
Réveille
Tous les sens de Louis,
Quand sa bouche vermeille
Lui fait voir un souris.

Ces relations si tristes, ces glaciales assiduités pesaient horriblement à mademoiselle de Hautefort. Si elle n'avait pas profité pour rompre d'une de ces brouilles incessantes que soulevait l'humeur capricieuse du roi, c'était autant par amitié pour la reine que par pitié pour le malheureux Louis XIII. Un peu d'orgueil se mêlait à ces sentiments; elle était fière de résister à Richelieu, dont elle s'était déclarée l'ennemie.