Les rois n'appelaient à eux la noblesse qu'à l'heure du danger; lorsqu'il fallait ceindre le casque et tirer l'épée, elle accourait alors. Mais en temps de paix, les gentilshommes vivaient chez eux, au milieu de leurs vassaux, comme autant de petits souverains, et parfois, disons-le, de petits tyrans.
Chaque province possédait alors quelque seigneur qui, plus riche et plus puissant que les autres, attirait à lui toute la noblesse des environs et se formait ainsi une cour qui rivalisait avec celle du souverain. Il en était ainsi de monseigneur Phébus. Chaque jour arrivait à son logis quelqu'hôte nouveau, sûr d'y trouver une hospitalité royale.
Une foule de nobles hommes, de vaillants chevaliers, de hautes et puissantes dames, se pressait dans les cours du château lorsque venait l'heure de la chasse ou de quelque joyeuse chevauchée.
Les festins succédaient aux chasses, les danses aux festins. Puis venaient les joutes à armes courtoises, dans une clairière voisine, ombragée d'arbres séculaires et entourée d'estrades pour les dames. C'était la distraction suprême de l'époque, héroïque et dangereux passe-temps «d'où d'aucuns et des meilleurs revenaient souvent moulus et saignants de quelque bonne blessure.»
La gentille Françoise était la gloire et l'ornement de toutes ces fêtes; elle allait avoir quatorze ans et était, au dire de tous, un véritable miracle de beauté.
Souvent, lorsqu'il la voyait passer, si accomplie, si gracieuse sous son costume «merveilleusement riche,» le bon Phébus ne pouvait s'empêcher de murmurer les premiers vers de l'horoscope:
Par beauté, et quoiqu'il advienne
A l'encontre, tôt sera reine.
Reine elle était en effet, par sa beauté, par son esprit, par sa naissance; et si nul souverain encore ne lui avait adressé ses hommages, les plus vaillants et les plus nobles se disputaient ses regards et ses sourires, et sollicitaient sa main.
Jean de Laval, seigneur de Chateaubriant, en Bretagne, fut l'époux qu'au milieu de tous Phébus de Foix choisit pour sa fille chérie.
C'était un seigneur de haute et fière mine, que le comte de Chateaubriant, des plus dignes et des plus nobles, «passé maître en fait de vaillantise.» Il avait fait ses premières armes avec le connétable Anne de Montmorency, qui le tenait en grande estime.