Un des premiers actes du jeune roi avait été de nommer deux maréchaux de France, hommes de guerre fort en renom: l'un était Jacques de Chabannes, sieur de la Palice, l'autre, Odet de Foix, vicomte de Lautrec, frère de la comtesse de Chateaubriant.

On était alors à l'aurore éblouissante d'un règne nouveau. François Ier, dans la première ivresse du pouvoir suprême, ne songeait qu'à la joie.

Ardent au plaisir comme au danger, il avait aux jours de fête la même ardeur que sur les champs de bataille. «Qui m'aimera me suive!»

Et chacun suivait le roi à qui mieux mieux.

D'Amboise à Romorantin et à Vendôme, ce n'étaient, à ce moment que fêtes, bals costumés, petites guerres, grands repas et grande liesse. Tout l'or des impôts y suffisait à peine, mais nul n'en prenait souci. C'était une vie toute nouvelle.

C'est à cette époque, et pendant les fêtes du carnaval, que le futur protecteur des lettres provoqua, sans le vouloir, une révolution dans l'art de la coiffure.

Les longs cheveux, on le sait, étaient au xvie siècle la marque distinctive, le privilège exclusif de la noblesse. Les longs cheveux étaient interdits aux vilains, et c'est Pierre Lombard, l'illustre maître des Sentences, qui leva cette interdiction. Mais il n'y parvint pas sans peine, et la noblesse protesta toujours.

Elle eût protesté longtemps encore, et la révolution en question n'eût point été accomplie, sans l'accident survenu au roi de France.

La cour était alors à Romorantin et chacun fêtait le jour des rois. François Ier allait se mettre à table lorsqu'on vint lui dire que le comte de Saint-Paul avait fait en son logis un roi de la fève.

—Par ma foi de gentilhomme! s'écria-t-il, voilà un roi que je détrônerai tout à l'heure. Qu'on aille avertir Saint-Paul de bien veiller sur son élu.