La lutte menaçait de s'éterniser et les forces des deux partis s'épuisaient. L'empereur n'espérait plus guère l'exécution du traité de Madrid, le roi de France battu sur tous les points comprenait qu'il devait céder quelque chose. Charles et François s'entendirent alors pour que la question se débattît à huis clos entre eux. Le premier envoya sa tante Marguerite d'Autriche, le second sa mère, à Cambrai, et les négociations commencèrent, mystérieuses, entre les deux princesses. Après trois semaines de conférences le traité de Cambrai fut signé. On l'appella la Paix des Dames.

François Ier, en dépit de ses allures chevaleresques abandonnait sans pudeur tous ses alliés, mais il obtenait la liberté de ses fils moyennant deux millions d'écus d'or; enfin, il s'engageait à épouser sans retard la princesse Eléonore d'Autriche, soeur de Charles-Quint, et veuve d'Emmanuel le Grand, roi de Portugal, celle-là même qui avait été promise au connétable de Bourbon.

Tout aussitôt commencèrent d'immenses préparatifs. François Ier voulait par le luxe de sa cour, par la splendeur des fêtes surprendre, étonner la soeur de Charles-Quint, cette princesse espagnole dont la vie jusqu'alors avait été close et voilée comme celle des femmes mauresques. C'était alors ainsi, au pays des Espagnes, le couvent remplaçait le sérail.

Avant tout cependant il fallait trouver deux millions d'écus d'or pour la rançon du Dauphin et de son frère. Somme énorme! mais pour une cause sacrée, chacun tenait à honneur de se dépouiller. La noblesse, le peuple et le clergé s'exécutèrent. La matière manquait-elle, le roi empruntait à ses sujets leur vaisselle d'argent dont le trésorier donnait des reconnaissances. Vases, coupes, aiguières, bijoux précieux, on portait tout à la monnaie, tant était grande l'impatience de revoir les fils de France. Le chancelier du Prat eut même l'idée d'altérer la monnaie, il fit mêler à l'or un fort alliage de cuivre. Mais les commissaires espagnols étaient à la hauteur de cette ruse, ils éventèrent la fraude et, bon gré mal gré, il fallut compléter la somme.

Enfin les derniers écus d'or furent remis aux mains des Espagnols, les fêtes commencèrent. Depuis trois mois déjà des hérauts d'armes parcouraient la province, ils allaient de château en château, convier toute la noblesse au mariage du roi de France, aux cérémonies et tournois qui devaient en être la suite.

Ce furent, dit Marot, «de gorgiales fêtes.» François Ier s'était porté suivi de toute sa cour, et de sa bien-aimée Anne de Pisseleu, jusqu'à Bayonne où tout avait été préparé pour recevoir dignement la soeur de Charles-Quint.

En revoyant ses deux fils, le roi pleura d'attendrissement, longtemps il les tint serrés sur sa poitrine. Le mariage fut célébré à Bordeaux, et c'est à cette occasion que fut représentée en France la première bergerie. Les acteurs étaient habillés de riches étoffes qui n'avaient pas coûté moins de cinquante livres tournois.

Partout sur le passage de la cour, «qui chevauchait vers Paris en grande pompe, par monts et par vaux,» éclataient les transports des populations. Le peuple voyait dans cette union avec une fille d'Espagne un gage de paix et de bonheur. Les cathédrales étaient trop étroites pour contenir la foule qui venait remercier Dieu; les cloches sonnaient à toute volée, les feux d'artifice éclataient partout, dans la nuit.

Mais de toutes les fêtes, la plus belle, la plus riche, la plus désirée eut lieu à Paris, à la porte Saint-Antoine. Tournoi magnifique dont les splendeurs dépassèrent de beaucoup tout ce qu'on avait vu jusqu'à ce jour. De toutes les contrées de l'Europe, des chevaliers étaient accourus; les plus nobles et les plus riches, couverts d'armures étincelantes, se pressaient dans la lice.

Huit jours durant on rompit des lances aux acclamations des nobles dames. Le roi lui-même voulut combattre sous les yeux de sa nouvelle épouse, et ses coups, disent les chroniques, ne furent ni les moins durs ni les moins forts.