Le mariage fut célébré en grande pompe. Les trois complices, le roi, la femme et le mari portaient fort allègrement leur honte. A l'issue de la cérémonie Jean de Brosse s'éloigna. Comme il ne devait point voir sa femme on l'envoyait gouverner en Bretagne.
De ce jour on n'appela plus Anne de Pisseleu que la duchesse d'Etampes.
Un des premiers soins de la duchesse, lorsqu'elle fut bien sûre de son pouvoir, fut d'enrichir sa famille. Dépositaire de toutes les grâces, elle en abusa avec une prodigalité inouïe. Le trésor de l'Etat, les dignités, les bénéfices de l'Eglise furent littéralement mis au pillage.
Antoine Sanguin, son oncle maternel, devint archevêque de Toulouse; Charles, François, et Guillaume de Pisseleu, ses frères, eurent les évêchés de Condom, d'Amiens et de Pamiers, et se partagèrent en outre un grand nombre de riches abbayes. Ses soeurs ne furent point oubliées: deux furent nommées abbesses; les autres alliées aux maisons de Barbançon-Cany, de Chabot-Jarnac et du comte des Vertus.
Les sept années qui suivirent le traité de Cambrai furent les plus brillantes du règne de madame d'Etampes. Elle était alors à l'apogée de sa puissance et de sa beauté. Nulle rivale encore ne songeait à contre-balancer son influence. Réalisant les prévisions de Louise de Savoie, elle s'abstenait complètement de politique et ne semblait occupée que de fêtes et de plaisirs. Le roi, qui n'était heureux que près d'elle, passait à ses pieds de longues journées; il aimait son esprit, son humeur enjouée, ses fantaisies les plus folles, ses caprices.
Instruite, savante même pour son temps, la duchesse d'Etampes avait une cour nombreuse de poëtes et d'artistes. Les uns faisaient des vers à sa louange, les autres sculptaient son buste ou reproduisaient sur la toile ses traits charmants. François Ier, que les arts enchantaient, se plaisait au milieu des protégés de sa maîtresse bien-aimée; en échange d'une hospitalité royale, ils lui donnaient des chefs-d'oeuvre ou chantaient les perfections infinies de celle qu'on appelait des belles très-érudite et des érudites très-belle.
Le roi faisait-il présent à la favorite du duché d'Etampes, Marot aussitôt prenait la plume et envoyait ces jolis vers:
Ce plaisant val que l'on nommait Tempé,
Dont mainte histoire est encore embellie,
Arrosé d'eaux, si doux, si attrempé,
Sachez que plus il n'est en Thessalie.
Jupiter roi, qui les coeurs gagne et lie,
L'a de Thessale en France remué,
Et quelque peu son nom propre mué:
Car pour Tempé veut qu'Etampes s'appelle.
Ainsi lui plaît, ainsi l'a situé,
Pour y loger de France la plus belle.
Une autre fois, la duchesse d'Etampes avait, à la suite des fatigues d'un long voyage, perdu quelque peu de sa fraîcheur; aussitôt Marot de s'écrier:
Vous reprendrez, je l'affirme
Par la vie,
Ce teint que vous a osté
La déesse de beauté
Par envie.