Tout était permis à ces singuliers personnages, et leur impudence égalait leur cynisme. L'un d'eux, Triboulet, alla, dans un moment de gaîté, jusqu'à battre un prêtre à l'autel. Tous les tours des fous n'étaient pas bons, tant s'en faut, ils avaient en général plus de succès que de mérite; mais nous les retrouvons aujourd'hui riches de tout l'esprit que depuis quatre siècles leur ont prêté tous les écrivains qui les ont mis en scène.
La mission des astrologues était bien autrement sérieuse. Comme les fous, ils avaient la prétention de dire la vérité. On les consultait dans les graves circonstances de la vie, lors des naissances, des mariages, lorsqu'on entreprenait quelque difficile affaire. Ce métier avait bien ses périls, les astres sont si trompeurs! Henri Corneille Agrippa, astrologue de Louise de Savoie, était encore un des plus célèbres de l'époque. Malheureusement, il lui manquait la foi; lui-même appelle sa science l'art de moucher les écus. Chassé par Louise de Savoie, pour avoir osé lui prédire des choses déplaisantes, il s'en vengea en faisant des satires où il l'appelait vilaine Jézabel.
Au milieu de cette cour voluptueuse et brillante de Fontainebleau, dans ce palais peuplé d'artistes et de poètes, que chaque jour enrichissait de quelque nouveau chef-d'oeuvre, la duchesse d'Étampes régnait toujours en souveraine. Certaine de son empire absolu sur le coeur de son royal amant, elle usait les heures dans les plus doux passe-temps, préparant la veille les plaisirs du lendemain, reine toujours, au bal comme au festin, à la chasse comme au tournoi.
Elle regardait l'avenir sans inquiétude, et cependant, à côté d'elle, dans l'ombre, grandissait une puissance rivale. Lorsqu'elle s'en aperçut, il était trop tard pour la renverser: elle ne pouvait qu'accepter la lutte. Elle l'accepta, résolue à se faire arme de tout.
L'élévation de la duchesse d'Étampes, son pouvoir, ses tendances, lui avaient valu bien des ennemis. Plus que tous les autres, les Guise et les Montmorency, représentants du parti catholique et de la vieille féodalité, supportaient en frémissant ce qu'ils appelaient l'insolence de la favorite. Ils s'étaient rapprochés pour essayer, sinon de la renverser, du moins de balancer son crédit.
Ils avaient trouvé un redoutable auxiliaire dans Diane de Poitiers, veuve de Louis de Brézé, comte de Maulevrier, et qu'on appelait madame la sénéchale. A quarante ans passés, Diane était la maîtresse du second fils de François Ier, le prince Henri, qu'elle avait tenu enfant sur ses genoux, et qui avait alors dix-sept ans à peine.
Ce fut entre ces deux femmes une guerre à outrance, et la haine qui les animait l'une contre l'autre divisa bientôt la cour en deux partis.
Diane représentait les vieilles imaginations de la noblesse féodale; la duchesse, les idées nouvelles de la renaissance. L'une était le progrès, l'autre la réaction.
La duchesse d'Etampes avait beau jeu à railler sa rivale. Les amours d'une vieille coquette et d'un jeune homme qui n'avait point encore de duvet au menton prêtaient fort au ridicule. Madame d'Etampes demandait sans cesse des nouvelles des cheveux blancs de madame la sénéchale; et hautement, elle disait qu'elle était née le jour même où on avait signé le contrat de mariage de Diane de Poitiers.
Aux yeux des Montmorency et des Guise, le grand crime de madame d'Etampes était de protéger les calvinistes et d'user de son empire sur François Ier pour le pousser dans cette voie, tandis qu'eux ne rêvaient que bûchers et inquisition.