—Avant tout, reprit-il, je vous dois la fin de l'histoire que Paul vient de vous lire. Elle est simple et lamentable.

Le duc et la duchesse de Champdoce n'avaient pas cinquante ans à eux deux, ils portaient un des noms historiques de France, ils étaient entourés d'un luxe princier, et cependant leur vie était perdue, finie; tout était mort en eux, ils renonçaient à l'espoir même du bonheur.

Leur ménage dut être un enfer, mais ils s'appliquèrent à sauver les apparences, et réussirent. Rien ne transpira au dehors des effroyables misères de leur intérieur.

La duchesse, presque toujours alitée, ne s'occupait que d'œuvres de charité. Le duc, lui, après avoir refait son éducation, s'est réfugié dans le travail et est devenu l'homme remarquable que vous connaissez.

—Et Mme de Mussidan? interrogea Catenac.

—J'y arrive. Cette femme, d'une si étrange perversité, ne se serait pas crue vengée complètement, si Norbert n'eut pas su que c'était à elle et à elle seule qu'il devait le désespoir de son existence. Un jour, à son retour d'Italie, elle osa tout apprendre à Norbert.

Oui, elle osa lui dire que c'était elle qui avait comme poussé la duchesse dans les bras de Croisenois, elle lui dit que c'était elle qui, avertie du rendez-vous, avait écrit la fatale lettre anonyme.

—Et il ne l'a pas tuée!... s'écria Hortebize.

L'honorable placeur modula du bout des lèvres un petit sifflement des plus significatifs.

—Il n'a pas touché un cheveu de sa jolie tête, répondit-il.