A la préfecture, on commencera par vous envoyer promener. La police, et c'est, ma foi! fort heureux, est avare des documents qu'elle possède, et ne donne pas, il s'en faut, à tout venant, des renseignements sur le premier venu.
Mais un mot du duc de Champdoce à M. le Préfet vous ouvrira les cartons.
Ou cherchera, et au bout d'une huitaine, on vous apprendra que l'artiste Vigoureux a été, on 1864, condamné à deux ans de prison pour coups et blessures, qu'il a subi honorablement sa peine, et que, pour l'heure, soumis encore à la surveillance, il a changé de profession, et tient un débit de vins dans les environs de l'ancienne barrière de l'Étoile, au coin de la rue Dupleix.
—Minute, hé!... fit l'avocat, que je prenne cette adresse.
Ce n'est pas sans raison que Catenac disait ainsi: Minute!... B. Mascarot attachant moins d'importance à ses instructions, les précipitait.
Déjà il continuait:
—D'un seul coup d'œil, quand vous irez rue Dupleix, vous reconnaîtrez votre Vigoureux, l'homme au doigt coupé. C'est un horrible brutal que le nom seul de Sans-Père mettra en fureur. Il vous avouera qu'on effet ce petit scélérat l'a suivi, et qu'il l'a eu dans sa troupe près de dix mois.
C'était, vous dira-t-il, un garnement plein de dispositions, mais fier comme un paon et plus paresseux qu'un lézard. En vérité, il n'avait de goût prononcé que pour la musique avec un vieil Alsacien nommé Fritz, qui était le chef d'orchestre de la troupe.
L'enfant et le vieux se montèrent si bien l'imagination, qu'un beau jour ils filèrent de compagnie, laissant Vigoureux dans un grand embarras.
Nécessairement, vous vous informerez ce qu'est devenu ce Fritz, et Vigoureux vous répondra des injures. Mais toi, qui es avocat, menace-le d'une plainte en détournement d'enfant, et devenu subitement souple comme un gant, il vous jurera qu'il va se mettre en quête.