Quand on l'attaquerait, et comment, il l'ignorait; mais il prévoyait, il était sûr qu'il serait attaqué.

Il ne pouvait deviner de quel côté serait le péril, mais il le sentait vaguement suspendu au-dessus de sa tête.

Et il se tenait prêt à se défendre avec l'acharnement du désespoir. C'était sa vie qu'il défendait; plus encore... c'était Sabine, son amour, son bonheur.

N'eût-il pas eu cette sage défiance, M. de Breulh-Faverlay la lui eût inspirée.

Lui aussi, le gentilhomme, il savait ce qu'il faisait en s'associant à cette œuvre de salut; et il estimait trop André pour lui cacher ses appréhensions.

—Je parierais ma fortune, dit-il, que nous sommes en face d'une affaire de chantage. C'est grave. Ce qu'il y a de pis, c'est que nous n'avons à compter que sur nos seules forces, que nous ne pouvons invoquer l'assistance de la police. D'abord, nous n'avons aucun fait positif à articuler, et la police ne peut agir que sur des faits... En second lieu, nous rendrions un triste service à ceux que nous prétendons sauver, si nous donnions l'éveil à la justice... Qui sait de quel terrible secret les misérables sont armés contre M. et Mme de Mussidan!... Et croyez que le cas échéant le comte et la comtesse seraient contre nous avec leurs oppresseurs, c'est dans la logique des faits!...

Ces appréciations n'étaient que trop justes; André n'avait pas une objection à présenter.

—Raison de plus, poursuivit M. de Breulh, pour ne rien hasarder. Voici le cas de montrer qu'un honnête homme peut être aussi fin qu'un gredin. Quand on entreprend une campagne comme la nôtre, la première vertu doit être la prudence, poussée jusqu'à la poltronnerie... N'oubliez pas qu'à partir de ce moment, vous n'avez plus le droit, la nuit venue de tourner court le coin des rues désertes... Il serait par trop... simple d'aller tendre le dos à un coup de couteau.

—Oh!... je serai prudent, monsieur, je vous le jure.

C'est ce dont M. de Breulh n'était pas parfaitement convaincu; aussi retint-il encore assez longtemps André, s'efforçant de lui démontrer la nécessité de dissimuler, surtout s'il arrivait à découvrir quelque preuve de l'infamie de Henri de Croisenois.