A cinq pas, le marquis avec ses petites moustaches fines et soyeuses jouait encore le jeune homme, mais André reconnut qu'en réalité, il devait être bien plus vieux que son âge.
Sous les artifices d'une toilette savante, sous le coldcream et la poudre de riz, l'artiste distinguait les traits flétris du libertin surmené.
Les émotions du jeu, les nuits de débauches, les anxiétés d'une existence précaire, les plaisirs exhorbitants, avaient ridé les tempes, éclairci les cheveux, fané les lèvres et bridé les paupières veuves de cils.
M. de Croisenois semblait d'ailleurs de la meilleure humeur du monde, et c'est du ton le plus gai que Verminet et lui achevaient la conversation commencée, ou plutôt la résumaient, comme on fait presque toujours après un long entretien, au moment de se séparer.
—Il demeure donc bien entendu, disait le marquis, que je n'ai pas à me préoccuper des affaires qui ne concernent que vous et moi.
—Inutile!... j'aviserai!...
—N'y manquez pas, surtout!... Diable!... Un retard, un malentendu, un oubli auraient des conséquences graves.
Cette recommandation suggéra une idée sérieuse à Verminet, car, se penchant vers son «client,» il se mit à lui parler très bas... et ils riaient.
—Que disaient-ils? André avait beau écouter de toutes ses forces, pas une syllable n'arrivait jusqu'à lui.
Mais c'était beaucoup déjà de savoir que ce noble personnage et le directeur du la Société d'escompte mutuel avaient des intérêts communs.