Sur le siège du coupé, le cocher dormait. M. de Breulh l'éveilla et lui donna ses ordres à voix basse.

—Vous allez voir, dit-il ensuite à son compagnon, en prenant place près de lui dans la voiture.

A la foudroyante rapidité du cheval, lancé dans la direction de l'avenue de l'Impératrice, André ne pouvait pas ne pas comprendre.

—Que pensez-vous de l'expédient? disait gaiement M. de Breulh. Nous allons nous promener de ce train pendant une heure, et nous reviendrons par l'avenue de Saint-Ouen et la rue de Clichy. Au coin de la chaussée d'Antin on nous arrête, nous descendons lestement et nous sommes libres... Ceux qui nous suivraient, auraient de bonnes jambes.

Tout se passa bien ainsi. Seulement, au moment où M. de Breulh sautait rapidement à terre, il vit comme une ombre se détacher de la caisse de la voiture, s'enfuir et se perdre dans la foule du boulevard.

—Morbleu!... il y avait un homme là! s'écria-t-il. J'ai cru dépister l'espion, je l'ai simplement promené.

Et aussitôt, voulant en avoir le cœur net, il retira ses gants et alla palper successivement l'essieu et les ressorts du coupé.

—Plus de doute, dit-il à André; touchez, le fer est encore chaud; le gredin avait les jambes passées ici, et se tenait là.

Le jeune peintre ne répondit pas, mais sa déconvenue de tantôt lui fut expliquée. Pendant qu'il se précipitait dans l'allée, l'homme qui le suivait était emporté par le fiacre.

Cette aventure attrista le dîner, et dès six heures André demanda la permission de se retirer. Il était écrasé de fatigue.