Le comte était dans un état à faire pitié. Le sang affluait à sa gorge et l'étouffait. Machinalement il avait arraché sa cravate...

—Des preuves!... bégaya-t-il, des preuves!

Tout en parlant, le vieux clerc d'huissier avait manœuvré si habilement qu'il avait réussi à placer entre le comte et lui, la large table de la bibliothèque.

Derrière ce rempart improvisé, il se sentait plus à l'aise.

—Des preuves!... répondit-il, je n'en ai pas sur moi, et il me faudrait bien une huitaine de jours pour m'emparer de la correspondance de ces deux jeunes gens... Ce serait long. Mais il y a un moyen fort simple de s'assurer si je dis vrai ou non. Que demain, avant huit heures, monsieur le comte se rende à l'adresse que je lui donne, et qu'il monte hardiment à l'atelier de M. André. Là, il trouvera, caché comme une statue de Madone, derrière un rideau de serge verte, le portrait de Mlle Sabine, un beau portrait, ma foi!... et qui ne s'est pas fait tout seul, je suppose, ni sans modèle...

Le comte sentit qu'il n'était plus maître de soi, que sa tête s'égarait.

—Sortez!... cria-t-il d'une voix rauque, sortez!

Le père Tantaine ne se fit pas répéter l'injonction. Il courut à la porte, qu'il ouvrit toute grande afin de bien assurer sa retraite. Alors, d'une voix railleuse:

—Rappelez-vous l'adresse, monsieur le comte, dit-il, André, artiste peintre, rue de la Tour-d'Auvergne, nº.... avant huit heures.

Il vit, à cette suprême insulte, le comte se dresser et bondir jusqu'au milieu de la pièce, mais prestement il referma la porte et gagna l'escalier.