—Ce n'est pas moi qui suis inexact, monsieur le marquis, dit-il. L'exactitude consiste à arriver non avant l'heure, mais à l'heure. Veuillez consulter votre montre et prendre la peine de passer...

Le marquis si impertinent avec Beaumarchef, devint fort petit garçon lorsqu'il fut assis dans le cabinet de l'honorable placeur. Il n'osait même pas prendre la parole, et c'est d'un œil inquiet qu'il suivait les mouvements de B. Mascarot, lequel semblait chercher quelque chose parmi des liasses d'imprimés qui encombraient son bureau.

Quand il eut trouvé ce qu'il voulait:

—Je vous ai fait venir, monsieur le marquis, commença-t-il, pour cette grosse affaire industrielle que vous devez lancer, selon nos conventions.

—Oui, je sais... nous avons à causer, à nous entendre, à étudier la question... Rien n'est encore décidé, n'est-ce pas, il faut voir, examiner, tâter le terrain.

L'honorable placeur se permit un petit sifflement assez peu respectueux.

—Je vois, cher monsieur, fit-il, que vous me croyez homme à attendre sous l'orme votre bon plaisir... Détrompez-vous. Quand je m'occupe d'une affaire, elle marche. Pendant que vous couriez à vos plaisirs, je travaillais pour vous avec mon ami Catenac. Et tout est prêt...

—Comment, tout?

—Mon Dieu, oui! Vos bureaux sont loués, rue Vivienne; les statuts de votre société sont déposés chez le notaire, les membres de votre conseil sont choisis, l'imprimeur m'a apporté hier les titres, les prospectus, les circulaires, les affiches; vous avez signé un traité pour les annonces... nous commençons demain la publicité.

—Mais c'est invraisemblable, c'est...