C'est au boulevard Malesherbes, à la hauteur, à peu près, de l'église Saint-Augustin, dans une superbe maison neuve, que demeurait M. le marquis de Croisenois.
Là, dans un modeste appartement de quatre mille francs, il avait réuni et rassemblé assez d'épaves de son opulence passée, pour éblouir de son faste les observateurs superficiels.
Comme de raison, les créanciers ne laissaient pas refroidir la sonnette de M. de Croisenois, mais il avait su se mettre à l'abri de leurs tracasseries les plus directes.
Son appartement était loué au nom de son valet de chambre. Son coupé et son cheval appartenaient pour la forme, à son cocher. Car il avait un cheval et une voiture, ce gentilhomme ruiné, si ruiné, qu'il lui était arrivé une fois de se coucher sans lumière, faute de quatre sous pour s'acheter une bougie.
Deux domestiques servaient M. de Croisenois: un cocher, qui avait, en outre, dans ses attributions les gros ouvrages du logis, et un valet de chambre qui savait assez de cuisine pour improviser un déjeuner de garçon.
Ce valet de chambre, B. Mascarot ne l'avait vu qu'une fois, et il lui avait produit une si singulière impression que plein de défiance en son endroit, il s'était efforcé de savoir qui il était et d'où il venait.
Croisenois ne l'avait pris à son service, déclara-t-il à l'honorable placeur, que sur la recommandation d'un de ses amis, sir Waterfield.
Il se nommait Morel, ce valet de chambre, mais il avait dû habiter longtemps l'Angleterre, car il bégayait l'anglais, et on lui eût coupé un doigt avant d'obtenir qu'il répondit: «Oui, monsieur,» comme tout le monde; il disait: «Yes, sir.»
C'était, d'ailleurs, un homme précieux, tant pour ses qualités que pour sa tenue qui était de nature à honorer une maison. On devait croire qu'il servait pour le moins un chancelier, tant il avait de morgue et de gravité hargneuse, tant ses cols blancs comme neige étaient hauts et roides.
André ignorait ces particularités, mais il avait eu quelques détails par M. de Breulh qui lui avait aussi donné l'adresse du marquis.