—Pourquoi? Croisenois fait sa cour et il est reçu, je t'assure, très convenablement. Dam!... Mlle Sabine ne lui saute pas encore au cou, mais déjà elle le remercie très gracieusement tous les soirs du bouquet qu'il lui envoie tous les matins. Que veux-tu de mieux?
—Je voudrais que le comte n'eût pas remis le mariage de sa fille et de notre cher marquis. Pourquoi ce retard? Il me chiffonne.
—Moi, il me contrarie, mais voilà tout. Sois tranquille, on ne nous abuse pas d'un vain prétexte. Je me suis informé, j'ai vu... Donc, il faut attendre. Que vois-tu là de louche?
—Rien, répondit le docteur, rien.
Et, en effet, le banquier faisait pénétrer dans l'esprit de son ami l'assurance qui l'animait.
—De ce coté, ajouta le souriant Hortebize, je crois en effet maintenant que tout va bien.
—Tout va bien des autres côtés. Les actions des Mines de Tifila marchent bien, ami docteur, et nos actionnaires, en vérité, ne se font pas trop tirer l'oreille. Il est vrai que je ne suis pas cruel. Je tonds, je n'écorche pas, et personne ne crie. J'ai taxé chacun selon ses moyens, depuis mille jusqu'à vingt mille francs. Déjà nous tenons pour tout près d'un million de promesses d'actions...
—Et avec nous, murmura le docteur, promettre, c'est tenir.
—Tu l'as dit, illustre homéopathe. Pas d'argent, pas de restitution: donnant, donnant. Et les recouvrements s'opèrent sans périls pour nous... Tu auras un million pour ta part, docteur.
Le digne M. Hortebize se frottait les mains à s'enlever l'épiderme.