Le jeune peintre frissonnait.
—Et ce supplice, poursuivit l'agent de la sûreté, durera peut-être des années; le médecin me l'a dit. Il se peut que pendant un an, deux ans, dix ans, sans trève ni repos, il entende cette voix lamentable. Et chaque minute de ces années contiendra pour lui plus de tortures qu'il n'en a fait subir à toutes ses victimes.
Un assez long silence suivit.
André ne pouvait s'empêcher de plaindre ce misérable, qui cependant avait essayé de lui arracher Sabine, qui avait tenté de l'assassiner.
—Vous le voyez, reprit M. Lecoq, ainsi que je vous l'écrivais, la bataille est gagnée. Le docteur Hortebize râle en ce moment. Il s'est empoisonné, mais le poison subtil, qui devait, pensait-il, le foudroyer, l'a trahi, et voici bientôt vingt-quatre heures que dure son agonie. Catenac a repris son assurance, mais accusé et convaincu d'infanticide, il sera condamné à dix ans, pour le moins, de travaux forcés. Et tout le fretin est de même dans mes nasses. Les papiers de Martin-Rigal m'ont fourni des armes. Perpignan, Van Klopen et Verminet iront, qui en cour d'assises, qui en police correctionnelle. Le sort de Toto-Chupin n'est pas encore fixé. Épouvanté de son crime, il est allé se dénoncer; il faut lui tenir compte de ce bon mouvement.
Mais tout cela ne rassurait pas complètement André.
—Et Croisenois?... interrogea-t-il timidement.
Le célèbre policier dissimula un sourire.
—C'est-à-dire, répondit-il, que vous doutez de moi.
—Oh!... monsieur.