—Eh bien! monsieur, fit Paul, profondément humilié, vous savez au juste, maintenant, jusqu'où la pauvreté peut faire descendre un homme de cœur. Êtes-vous satisfait?...
—Allons, bon! reprit le vieux, voilà que vous vous fâchez. Si je suis venu, sans dire gare, c'est qu'à mon avis des voisins se doivent aide et secours, surtout des voisins logés à notre enseigne. Quand j'ai été au courant de vos petits chagrins, je me suis dit: Voici de jolis enfants que je veux tirer de peine.
Cette déclaration, cette promesse d'assistance, dans la bouche d'un personnage de si piteuse apparence, avait quelque chose de si véritablement comique, que Rose ne put dissimuler un sourire.
Elle pensait que le vieux voisin allait tirer son porte-monnaie et offrir la moitié de sa fortune, une pièce de vingt sous ou de quarante, pour le moins.
Paul eut une idée pareille; mais il fut touché, lui, de cette obligeance si simple et si belle, sachant que l'argent emprunte aux circonstances une prodigieuse valeur, et que l'unique franc qui nous assure pour deux jours le pain du pauvre est un million de fois plus précieux que le billet de mille francs du riche.
—Hélas! monsieur, fit-il, visiblement radouci, que pouvez-vous pour nous?
—Qui sait!
—Vous voyez à quel extrême dénûment nous sommes arrivés peu à peu. Tout nous manque. Ne sommes-nous pas perdus?
Le père Tantaine leva les bras, comme pour prendre le ciel à témoin d'un blasphème.
—Perdus!... dit-il. Ah! la perle cachée au fond de la mer et qui ignore sa valeur est perdue pareillement, si un pêcheur adroit ne la découvre. Les pêcheurs sont des malheureux qui ne portent pas de perles, mais ils en savent le prix et ils les confient à des joailliers...