—Hélas! répondit André, c'est en vous voyant que je reconnais mon impuissance. Il y a une heure, en contemplant mon ouvrage, je me disais: C'est achevé. Je reconnais que je n'ai rien fait.
Il avait écarté le rideau de serge, et le portrait de Sabine apparaissait en pleine lumière.
Ce n'était pas un chef-d'œuvre. André n'avait pas vingt-quatre ans, et avant d'étudier il était obligé de gagner son pain de chaque jour. Mais c'était une de ces compositions qui portent le cachet d'une individualité puissante, et dont les défauts même et les inexpériences ont une saveur d'originalité qui attire et qui charme.
Sabine resta une minute immobile devant la toile, et c'est de l'accent de la plus sincère conviction qu'elle dit:
—Cela est beau!
Le jeune peintre était bien trop découragé pour être sensible à cet éloge.
—C'est ressemblant, dit-il, mais la photographie que vous m'avez donnée est ressemblante aussi. Je n'ai pas su fixer sur la toile un reflet de votre âme. C'est une ébauche vulgaire, je recommencerai, et alors...
D'un geste, Sabine l'interrompit!
—Vous ne recommencerez pas, fit-elle d'une voix douce, mais ferme.
—Pourquoi? demanda-t-il, tout surpris.