—Oh! il est assez adroit, ce vaurien de Toto, et, s'il était un peu plus honnête... Enfin, il prétend que si cette fille boit, c'est pour s'étourdir, parce qu'elle se croit toujours poursuivie par des gens qui lui ont fait des menaces horribles. Elle a tellement peur d'être assassinée, qu'elle n'ose loger seule. Elle s'est mise en pension chez des ouvriers honnêtes qui la couchent et la nourrissent, et elle leur fait du bien, car elle a de l'argent...

L'honorable placeur semblait fort contrarié.

—C'est fort gênant, cela, murmura-t-il, on ne peut pas aller lui rendre visite incognito, à cette fille... Cependant, où demeurent les ouvriers qui l'ont recueillie?

—Tout en haut de Montmartre, bien plus haut que le Château-Rouge, rue Mercadet.

—C'est bien, Tantaine avisera. Surtout que Toto ne laisse pas cette folle lui glisser entre les doigts.

—Il n'y a pas de danger, et même il m'a dit qu'il allait s'informer de ses habitudes, de ses relations et de la source de son argent.

L'ex-sous-off s'arrêta tiraillant terriblement ses longues moustaches cirées.

Ce geste prouve si évidemment qu'une idée lui trotte par la cervelle, que son patron lui demanda:

—Qu'y a-t-il encore?

—Il y a, patron, que, si j'osais, je vous dirais de vous défier de Toto-Chupin. J'ai découvert que le garnement chasse pour son compte. Il nous vole et il vend notre marchandise au rabais.