La table était dressée, table digne du taudis avec ses tessons ébréchés et ses papiers en guise de plats; un bon feu flambait dans la cheminée, et deux bougies éclairaient la scène, fichées, l'une dans le chandelier bossué de l'hôtel, l'autre dans une bouteille fêlée.
Ce spectacle superbe pour des yeux de vingt ans, remplissait Paul de satisfaction. Les affaires sérieuses étaient finies, les pressentiments sombres s'étaient envolés.
—A table!... s'écria-t-il, à table!... Voici enfin le dîner qui sera le déjeûner. Allons, Rose, à ton poste. Et vous, mon cher voisin, vous allez, je l'espère, nous faire le plaisir de partager le repas que nous vous devons.
Mais le père Tantaine, bien qu'un tel festin fût fait pour le tenter et le séduire, ainsi qu'il le confessa, s'excusa avec beaucoup de protestations de regrets.
Il n'avait pas grand'faim, assura-t-il, puis il avait pour cinq heures et demie un rendez-vous de la dernière importance à l'autre bout de Paris.
—Enfin, dit-il à Paul, il est indispensable que je voie Mascarot ce soir. Je dois le prévenir, le disposer en votre faveur.
Rose, assurément, ne tenait pas à la compagnie du bonhomme. Laid, malpropre, misérable, il lui inspirait un sentiment de dégoût dont ne triomphait pas la reconnaissance.
Puis, bien qu'on ne vit pas ses yeux, elle devinait instinctivement, sous les verres foncés de ses lunettes, un regard aigu et subtil, très capable de lire au fond de sa pensée.
Ce qui n'empêche que se faisant chatte et câline autant qu'il était en son pouvoir, elle joignit ses instances à celles de Paul pour garder leur ami.
Mais il fut inébranlable, et après avoir, une fois encore, rappelé à Paul qu'il devait être exact, le lendemain, à midi, il sortit en criant de sa meilleure voix, aux jeunes gens qui venaient de s'attabler: