—Eh! monsieur, comment vous le dire!... Je n'ai pas revu M. Tantaine, et il n'a pas reparu à l'hôtel du Pérou. On prétend, est-ce vrai? que des valeurs importantes lui ont été enlevées, et que, par suite de ce malheur, il est en prison.

—Pourquoi n'avez-vous pas dit la vérité?

—A quoi bon? Il est prouvé que je ne connaissais pas M. Tantaine, que jamais je ne lui ai adressé la parole. Ou m'aurait ri au nez si j'avais dit: Hier soir, tout à coup, il est entré chez moi, et là, de but en blanc, il m'a offert 500 francs, et je les ai acceptés.

Le digne placeur avait la physionomie sérieuse de l'homme qui cherche la solution d'un difficile problème.

—Il me semble, fit-il enfin, que je comprends tout, et cela tient à la connaissance exacte que j'ai du caractère de Tantaine.

Paul écoutait comme si sa vie eût dépendu d'une parole.

—Tantaine, reprit B. Mascarot, est le plus honnête homme que je sache et le meilleur cœur qui soit au monde, mais il a des lacunes dans le cerveau. Il a été riche autrefois, et sa générosité l'a ruiné. Il est pauvre comme Job, maintenant, et il a, comme autrefois, la passion de rendre service quand même.

—Cependant, monsieur...

—Laissez-moi finir. Le malheur est que dans la petite situation qu'il occupe, et qu'il me doit, il a des fonds en maniement. Saisi de pitié à la vue de votre profonde misère, il a disposé du bien d'autrui comme du sien propre. Mis en demeure de rendre ses comptes le soir même, se trouvant en face d'un déficit, il a perdu la tête et a déclaré qu'on l'avait volé. On est allé aux informations, vous êtes son voisin, on vous a vu de l'argent, dont on ne s'explique pas l'origine, les soupçons se sont portés sur vous.

C'était net, précis, indiscutable. Paul frissonnait, une sueur froide trempait ses cheveux, il se voyait arrêté, jugé, condamné.