—Ah! oui, les maris, s'écria Van Klopen, qui s'animait à la discussion, parlons-en. Il me font encore mourir de rire, ceux-là. Apporte-t-on des robes? Ils vous reçoivent avec toutes sortes de politesses, car ils aiment les belles étoffes, eux aussi, qui leur font honneur. Quand on présente la facture, c'est une autre paire de manches. Ils roulent des yeux terribles et parlent de vous faire jeter à la porte...

De la meilleure foi du monde, Paul s'imaginait plaider la cause de la pauvre débitrice.

—Les maris sont souvent trompés, objecta-t-il.

—Laissez-moi donc!... Ils savent; et dans tous les cas, leur métier est de s'informer. Mais non... ils font les ignorants, c'est plus commode. Quand ils ont donné cent louis par mois, ils se croient quittes et regardent défiler à la douzaine des toilettes à faire cabrer des chevaux de fiacre. S'ils ne se disent pas que leurs femmes les achètent à crédit, où pensent-ils donc qu'elles les prennent?... Mais, non, on s'entend. Madame commence par se faire ouvrir un compte, et Monsieur, après, discute le total et demande des réductions. Je connais ce jeu!...

Le grand couturier paraissait si fort en colère que B. Mascarot jugea son intervention nécessaire.

—Vous avez peut-être été un peu dur, dit-il.

Van Klopen lui jeta un coup d'œil d'intelligence.

—Bah!... répondit-il, demain je serai payé, je sais bien par qui et comment, et j'aurai une autre commande. Pour agir comme je l'ai fait, j'avais mes raisons...

Ces raisons n'étaient peut-être pas fort honnêtes, car il n'osa les dire tout haut.

Il entraîna l'honorable placeur dans l'embrasure d'une fenêtre, et là, tous deux, ils se mirent à causer très bas, riant abondamment comme au récit d'un bon tour.