—Oh!... répondit-elle vivement, folle?... peut-être. Mais malheureuse? pourquoi?
—Tu l'aimes trop, répondit le banquier, avec l'accent d'une conviction profonde, il abusera.
—Lui!... fit la jeune fille avec la certitude admirable de la passion, lui, jamais?...
—Fasse Dieu, pauvre chère adorée, que mes pressentiments me trompent. Mais que veux-tu? ce n'est point là l'homme que je rêvais pour toi. Un artiste...
Flavie, sérieusement fâchée cette fois, quitta les genoux de son père.
—Et voilà donc, s'écria-t-elle, tout ce que tu trouves contre lui. Il est artiste. Serait-ce un crime! Que ne lui reproches-tu aussi sa misère? Oui, il est artiste mais il a du génie, je l'ai lu sur son font. Oui, il est affreusement pauvre, mai je suis assez riche pour deux. Il me devra tout, tant mieux! Quand il aura de la fortune, il ne sera pas forcé de s'épuiser à donner des leçons de piano; il lui sera permis d'utiliser son talent. Il écrira des opéras comme ceux de Félicien David,
plus beaux que ceux de Gounod. On les représentera dans les théâtres et les salles crouleront sous les applaudissements. Moi, cependant, toute seule au fond d'une loge fermée, je m'enivrerai de la gloire de l'élu de mon cœur. Le monde aura la poésie, moi j'aurai le poète, et, quand je le voudrai, c'est pour moi seule que chanteront ses divines mélodies...
Elle parlait avec une exaltation extraordinaire, si pénétrée de son rêve, qu'elle ressentait, dans toute leur intensité, les sensations exactes de la réalité.