—Cependant, père, tu m'as dit qu'on n'avait rien trouvé contre lui.
—Non, rien... Seulement il est plus faible que le brin d'osier, plus inconstant que la feuille sèche qui tournoie au moindre souffle. Non, rien!... Mais c'est un de ces être neutres, indécis pour le bien comme pour le mal, qui vont où on les pousse, sans but arrêté, sans énergie, sans volonté.
—Tant mieux!... Ma volonté sera la sienne.
M. Martin-Rigal sourit tristement.
—Tu te trompes, chère fille, dit-il, comme toutes les femmes, d'ailleurs. Tu crois que les natures faibles, hésitantes, vacillantes, sont celles qu'on gouverne le plus aisément. Erreur. On ne domine véritablement que les forts, de même qu'on ne s'appuie sûrement que sur ce qui résiste. Ferme la main sur un morceau de marbre, il ne t'échappera pas. Essaie de serrer et d'étreindre une poignée de sable, elle glissera entre les doigts.
Flavie se taisait.
Son père, doucement, la saisit par la taille et l'attira sur ses genoux.
—Écoute ton vieux père, fillette aimée, poursuivit-il, ton meilleur ami. N'as-tu donc pas confiance en moi? Ne sais-tu pas qu'il n'y a pas dans mes veines une goutte de sang qui ne soit à toi? Toutes mes pensées ne t'appartiennent-elles pas? Paul va venir, sois prudente. Tiens-toi en garde contre une désillusion possible...
—Impossible!...
—Soit! Mais alors, dans l'intérêt même de ton avenir, de ton bonheur, je t'en conjure, dissimule, ne laisse rien deviner de ce qui se passe en toi, crains les trahisons de tes regards. Les hommes sont ainsi faits que tout en se plaignant bêtement de la duplicité des femmes, ils ne leur pardonnent pas la franchise. Crois-en l'expérience de ton vieil ami. Souviens-toi que la sécurité absolue tue l'amour...