En lui-même, il doit bien rire de cette opinion du monde.

Calculateur féroce, cet aimable gentilhomme, qui de sa vie n'a eu un bon mouvement, s'est exercé à se défier de l'inspiration première.

Sous le masque de son laisser-aller, ce facile compagnon dissimule une remarquable âpreté. En matière de chicane, il en remontrerait à l'avoué le plus retors. Il a roulé et dupé jusqu'aux usuriers auxquels il a eu affaire.

S'il s'est ruiné, c'est qu'il s'est entêté à régler son train sur celui d'amis dix fois plus riches que lui. Toujours la même histoire.

Mêlé à ce groupe de viveurs brillants, dont le comte de Trémorel fut longtemps le parangon, et qui maintenant prend le mot d'ordre du fils aîné du duc de Sairmeuse, Croisenois a voulu, lui aussi, avoir son écurie de courses.

Entre tous les moyens de fondre une fortune, celui-là est le plus sûr et le plus expéditif.

Le léger marquis en sait quelque chose. Il avait abusé de tous les expédients et était à la veille de faire le plongeon, lorsque B. Mascarot lui tendit la main.

Il s'y cramponna désespérément, comme un homme qui se noie se raccrocherait à une barre de fer rouge.

Mais si les inquiétudes les plus aiguës le tenaillaient, son aplomb ne s'en ressentait nullement, et c'est du ton le plus aisé qu'après avoir salué les personnes présentes, il dit au placeur:

—Je vous ai peut-être fait un peu attendre, cher maître; vrai, j'en suis désolé, j'avais des préoccupations... Mais me voici tout à vous, et s'il vous plaît que nous causions, j'attendrai volontiers que vous ayez terminé avec ces messieurs...