—Jamais!... s'écria-t-il, jamais!... Ne comptez pas sur moi!...

L'indignation du marquis semblait si sincère, sa détermination paraissait si irrévocablement arrêtée que le docteur Hortebize et maître Catenac se regardèrent, un peu inquiets de la tournure que prenait la conférence.

Le coup d'œil qu'ils adressèrent à B. Mascarot les rassura.

Il haussait les épaules et rajustait tranquillement ses lunettes.

—Ça, dit-il, assez d'enfantillage, monsieur, vous ne m'avez fait perdre que trop de paroles. Attendez avant de vous récrier. Je vous ai dit que mes documents sont d'une nature spéciale, voici pourquoi: La grande difficulté de notre genre d'affaires, est que souvent nous nous heurtons à des gens mariés qui, bien que forts riches, n'ont pas la libre disposition de leur fortune. Les maris disent: «Détourner dix mille francs de la fortune sans que ma femme le sache, est impossible!» Les femmes répondent: «Je ne puis avoir d'argent qu'en en demandant à mon mari.» Et ces gens sont sincères. Combien en ai-je vu qui, désespérés de savoir entre mes mains un secret important, se jettaient à mes genoux et me criaient: Grâce!... je ferai tout ce que vous voudrez; vous aurez plus que vous ne demandez, trouvez seulement un prétexte... Le prétexte à fournir à tous ces actionnaires de bonne volonté, je l'ai cherché et trouvé. Ce prétexte sera la société industrielle que vous lancerez avant un mois.

—D'honneur!... commença le marquis, je ne vois pas...

—Pardon!... vous voyez très bien. Tel mari qui n'aurait pu nous donner cinq mille francs sans mettre le feu à son ménage, nous en versera gaîment dix mille, parce qu'il pourra dire à sa femme: «C'est un placement.» Telle femme qui n'a pas dix sous vaillant saura bien déterminer son mari à nous apporter la somme que nous lui fixerons.

—Que dites-vous de cette idée?