—Je pense, monsieur, répondit-il sans trop de tremblement dans la voix, je suis sûr, même, que vous avez besoin de moi. Tant mieux!... Moi qui ne suis pas marquis, je vous obéirai sans toutes les façons de M. de Croisenois!

L'assurance toute nouvelle de Paul ne parut aucunement surprendre l'honorable placeur.

Mais lui plut-elle? Lui fut-elle au contraire, essentiellement désagréable? Il eût été malaisé de le discerner.

Toujours est-il qu'un observateur exercé eût surpris sur sa physionomie, d'ordinaire indéchiffrable, les traces d'une lutte entre deux sentiments contraires: une vive satisfaction et une sérieuse contrariété.

Quant au bon docteur Hortebize, il fut tout simplement émerveillé de l'impudente audace de ce néophyte qui était un peu son élève.

Le sens exact de la scène qui venait d'avoir lieu éclatait si bien à ses yeux qu'il se frappa le front en homme qui s'étonne et se gourmande de n'avoir pas eu une idée d'une extrême simplicité.

—Que je suis niais!... pensa-t-il. Ce n'est pas au marquis de Croisenois qu'en réalité Baptistin s'adressait. Il posait pour Paul. Quel merveilleux comédien. Avec quelle prestigieuse sûreté chacune de ses paroles est allée faire taire un remords ou éveiller une convoitise dans l'âme de ce garçon si faible et si vaniteux!

Cependant Paul s'inquiétait du silence de son protecteur.

Si d'abord il avait été épouvanté en se sentant aux mains de cet homme extraordinaire, il tremblait maintenant à la seule idée d'être abandonné par lui et livré à ses propres forces.

—J'attends, monsieur, insista-t-il.