C'est un de ces asiles, de plus en plus rares dans notre Paris tout neuf, où les pauvres honteux, les déclassés, les vaincus de toutes les luttes sociales trouvent, en échange de leur dernière pièce de cent sous, un abri et un lit. On se réfugie là comme un naufragé prend pied sur un écueil, on respire un moment, et dès qu'on en a la force, on repart.
Impossible, si misérable qu'on soit, de concevoir la pensée d'habiter sérieusement l'Hôtel du Pérou.
Du haut en bas, au moyen de châssis de toile et de papiers d'occasion, tous les étages ont été divisés en quantité de petites cellules que la Loupias appelle fastueusement ses chambres.
Les châssis se disloquent, les papiers éraillés pendent en loques, c'est hideux.
C'est splendide comparé aux mansardes.
Il n'y en a que deux, heureusement, conquises sur un grenier, séparées de la toiture par un faux plafond, éclairées par des fenêtres en tabatière, si basses qu'à peine on s'y peut tenir debout.
Elles ont pour meubles: un lit à matelas de varech, une table boiteuse et deux chaises.
Telles quelles, la Loupias les loue 22 francs chacune par mois, à cause de la cheminée, assure-t-elle, un trou informe dans le mur. Et elles ne restent jamais vides!...
C'est dans une de ces mansardes, que par cet horrible froid se trouvait la jeune femme dont Loupias avait prononcé le nom.
Jamais plus admirable créature ne fut mise au monde pour le ravissement des yeux.