Capable des plus insignes imprudences, d'escapades inouïes, elle est fort calomniée. On lui prête libéralement des amants à la douzaine, jamais elle n'en a eu un seul.
Avec ses allures incroyables, en dépit des vertiges de sa vie tourbillonnante, elle adore son mari et le craint comme le feu.
Lui le sait et ne s'en vante pas; c'est un sage. Il laisse bien la vicomtesse s'agiter dans le vide, comme la marionnette au bout d'un fil, mais il tient ce fil d'une main ferme...
Telle est en toute vérité la femme vers laquelle un valet, en livrée trop voyante, guidait M. de Breulh.
Mme la vicomtesse de Bois-d'Ardon était dans un ravissant petit salon attenant à sa chambre à coucher, quand on lui annonça M. de Breulh-Faverlay.
Elle venait de mettre les dernières épingles à sa toilette, la cinquième seulement de la journée.
Pour tuer le temps, elle examinait un costume coquet de vivandière Louis XV—chef-d'œuvre de Van Klopen—qu'elle devait revêtir en sortant des Italiens, pour se rendre à un bal travesti à l'ambassade d'Autriche.
A la vue de M. de Breulh, elle eut une exclamation de plaisir et battit gaîement des mains.
Quoique se voyant rarement ailleurs que dans le monde, M. de Breulh et la vicomtesse s'aimaient beaucoup. Lorsqu'ils étaient plus jeunes l'un et l'autre, ils avaient passé bien des mois ensemble, au château de leur oncle, le vieux comte de Faverlay.
Ils avaient gardé de leurs relations d'enfance une affectueuse familiarité, il s'appelaient par leurs prénoms.