Tout autour de la pièce, adossés au mur, étaient rangés une vingtaine d'enfants de sept à douze ans, affreusement déguenillés, repoussants d'incurie et de malpropreté.
Les haillons qui les couvraient n'avaient pas été ajustés à leur taille. Ils grelottaient dans des paletots dont les pans tombaient jusqu'à terre ou dans des pantalons dont la ceinture leur montait jusqu'au cou. De linge point.
Les uns étaient armés d'un violon, les autres s'accrochaient à une harpe plus haute qu'eux. Le long du manche de tous les violons, Tantaine remarqua des raies à la craie.
Au milieu de la pièce se tenait debout un homme d'une trentaine d'années, long et mince comme un cierge, remarquablement laid, avec son visage glabre, son nez épaté et ses cheveux noirs et gras tombant sur ses épaules.
Sa redingote d'une couleur perdue, vert olive, pendait le long de son maigre torse et de ses jambes dégingandées misérablement, comme une voile après un mât quand il n'y a pas de vent.
Tout comme les enfants, il était armé d'un violon qu'il ne tenait pas sous le menton, mais qu'il s'appuyait au pli de la cuisse.
Évidemment celui-là était Poluche, le professeur,—il donnait sa leçon.
—Attention!... criait-il, chacun va répéter à son tour. A toi, Ascanio, le refrain du Château de la Marguerite... et en mesure.
Et il se mit à chanter et à jouer pendant que l'enfant désigné râclait désespérément son instrument et répétait d'une voix éraillée et avec le plus pur accent nasillard des campagnes piémontaises:
| Ah! mon Dieu! mon Dieu! qu'il est beau, |
| Le château de... |