Ainsi, il n'y avait pas deux heures que André avait quitté Modeste, au coin de l'avenue de Matignon, que déjà il avait à ses trousses un espion chargé de rendre compte de toutes ses actions, de ses démarches les plus insignifiantes, à l'honorable placeur.

Ce «fileur» n'était autre que le collègue de Beaumarchef, La Candèle, un garçon de mérite, assure Mascarot. Il avait surtout ordre d'être prudent et de se cacher avec un soin extrême.

Mais, en vérité, il n'était pas besoin de précautions.

L'idée que Sabine de Mussidan était sauvée emplissait bien trop le cœur et l'esprit d'André pour qu'il pût prêter la plus légère attention aux choses extérieures. L'univers s'écroulant ne l'eût pas distrait de son bonheur.

Maintenant, d'ailleurs, son amour entrait dans une phase nouvelle, et jamais ses espérances ne lui avaient paru si réalisables.

Il avait un ami, à cette heure, M. de Breulh-Faverlay; une confidente, Mme de Bois-d'Ardon, deux alliés dont l'influence, à un moment donné, pouvait être décisive.

Or, il n'en était plus à s'indigner presque du dévoûment de M. de Breulh.

Leurs communes angoisses, pendant trois jours, avaient établi entre eux une de ces amitiés solides comme le temps seul n'en cimente pas.

Mais plus l'avenir souriait à André, plus il se répétait qu'il lui fallait se remettre à l'ouvrage avec une ardeur nouvelle. Il avait bien du temps perdu à se désoler à rattraper.

Il quitta donc, ce soir-là, M. de Breulh de fort bonne heure, après un dîner qui fut excessivement gai.