André ne quittait pas des yeux le jeune monsieur Gaston.
Il s'attendait à tout moment à le voir se jeter aux pieds de ce père qu'il avait si mortellement offensé et implorer le pardon, l'oubli d'une action abominable. Point.
Le jeune monsieur Gaston demeurait immobile, raide, les lèvres serrées.
Il semblait humilié, irrité, mais non touché ni ému. Et, en effet, en ce moment même, il se demandait comment l'histoire de sa négociation avec Clergeot avait pu arriver aux oreilles de l'avocat de son père, et comment surtout Me Catenac avait pu produire des preuves et montrer le projet de contrat.
Comme André, l'entrepreneur avait espéré que son fils allait demander grâce; il s'apprêtait peut-être déjà à pardonner...
Mais voyant qu'il s'obstinait au silence:
—Vous connaissez, mon cher André, reprit-il avec une violence nouvelle, le noble emploi que mon fils ferait de ma fortune? Il la porterait à une créature ramassée au ruisseau, dont il a fait sa maîtresse, et qui le berne comme les autres. Il l'a établie vicomtesse, comme il s'était installé marquis. Vicomtesse de Chantemille!... Marquis Gaston!... Ils sont dignes l'un de l'autre!
Cette fois, Gaston-Pierre tressaillit. On attaquait l'objet aimé, il se révolta.
—Ah!... mais non!... s'écria-t-il, je ne veux pas qu'on touche à Zora, moi!
L'entrepreneur eut un éclat de rire nerveux.