—Ah! c'est affreux!... disait-elle, c'est horrible!... Savez-vous que c'est à peine si mon mari douterait! Il prétend qu'une femme qui, comme moi, suit les modes et est citée parmi les plus élégantes, est capable de tout pour conserver une supériorité qui désole les autres femmes. Oui, il dit cela, et il le croit...

Le silence d'André et de M. de Breulh apprit à la vicomtesse que leur avis était absolument celui de M. de Bois-d'Ardon.

—Ah! maudits chiffons, poursuivit-elle, misérables toilettes!... Moi qui ai si bien tout pour être la plus heureuse des femmes. Non, je le jure, je ne ferai plus de dettes!...

Ces héroïques résolutions, Mme de Bois-d'Ardon ne manque jamais de les prendre après chaque folie un peu forte. Mais serments de coquette et serments d'ivrogne se ressemblent. Elle oublie vite ses repentirs périodiques.

—Enfin, reprit-elle, comment sortir de là, mon bon Gontran? J'espérais que vous me trouveriez un expédient. Si vous alliez redemander cette malheureuse facture à M. de Croisenois?

M. de Breulh réfléchit un moment.

—Je le puis, certes, répondit-il; mais cette démarche, loin de vous être utile, vous nuirait. Ai-je des preuves décisives de l'infamie de M. de Croisenois? Non. Il niera tout et n'en clabaudera pas moins. Aller le trouver, c'est lui dire que vous avez pénétré ses desseins, c'est vous préparer une inimitié mortelle.

—Sans compter, reprit André, que cette réclamation mettrait M. de Croisenois sur ses gardes, et qu'une fois prévenu il nous échapperait.

L'infortunée vicomtesse courbait le front sous ces objections si concluantes.

—Suis-je donc perdue! s'écria-t-elle, éclatant en sanglots. Suis-je pour toute ma vie au pouvoir de cet être odieux, condamnée à lui obéir quand même, réduite à trembler sous son regard comme l'esclave sous le fouet!