Cette dernière préoccupation, pour le moment du moins, était absolument superflue.

Paul était hors d'état de tenter quoi que ce fût.

Tant qu'il s'était senti sous l'œil du père Tantaine, il avait puisé dans sa détestable vanité assez d'énergie pour garder une ferme contenance.

Mais, une fois seul, après le départ du bonhomme, il fut saisi d'un tel effroi qu'il se laissa tomber comme anéanti sur un fauteuil.

C'est qu'entre toutes les idées qui doivent répugner à l'imagination, il n'en est pas de plus odieuse que celle de la perte de sa personnalité.

Si l'esprit accepte facilement la nécessité d'un travestissement imposé par les circonstances, c'est que ce travestissement n'est que momentané, et que d'ailleurs, sous un faux nom pris au hasard, sous le costume d'emprunt, on reste soi.

Tel n'était pas le cas de Paul.

Non seulement il se voyait réduit à renoncer à son individualité, mais il si trouvait prendre l'individualité d'un autre.

Il serait peut-être heureux et riche, il épouserait Flavie, il aurait un grand nom; mais, femme, argent, noblesse, bonheur, il devrait tout à une infâme comédie.

Et le pacte conclu, et il l'était presque, il lui deviendrait impossible de revenir sur ses déclarations. Il serait comme un acteur condamné à vivre avec le masque et le costume de son rôle. Il lui faudrait, jusqu'à sa mort, être cet autre dont il volait le passé.